Ce rude hiver 1870-71

Mercredi 29 juillet 2009, par Fil — Historique

L’Histoire générale de la guerre franco-allemande de Léonce Rousset (1870-71), que nous a signalée Philippe Arnaud, est disponible sur Gallica. Deux chapitres traitent de Vendôme et Mazangé :

Chapitre II. Vendôme

pp. 284 et sq. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bp...

Rousset explique pourquoi la ville de Vendôme, encaissée et entourée de plateaux, est difficilement défendable. On prend conscience des conditions désastreuses dans lesquelles se trouvent les troupes, aussi bien prussiennes que françaises, en lisant les descriptions de ces hommes englués dans la boue et qui y laissent leurs bottes. Les conditions sanitaires sont à l’avenant, « l’énorme quantité de blessés, de varioleux et de typhiques qui occupaient la ville, les villages et les fermes [condamnant] au bivouac la majeure partie de l’armée » (p. 286). Quant au service des chemins de fer, « la panique et l’encombrement [l’]avaient mis dans le plus grand désarroi. »

Les souffrances qui en résultèrent, dans ces journées toujours glaciales où le sol ne se déblayait de neige que pour se transformer en un océan de boue, achevèrent de miner les forces physiques et l’énergie morale, dont la tension était arrivée, chez ces hommes épuisés, à sa limite extrême, et provoquèrent des symptômes graves de décomposition (...)

Côté prussien, le général de Tresckow écrit (p. 291) : « Je crois de mon devoir d’annoncer très humblement qu’à la suite des marches d’hier et d’ aujourd’hui, bien que les distances parcourues n’aient pas été très grandes, tous mes soldats sont harassés ; une masse d’hommes ont perdu leurs bottes dans la boue et sont nu-pieds. L’artillerie ne peut sortir des chaussées. Les fusils sont très abîmés par la pluie et les marches incessantes de ces derniers jours, au point que leur emploi est dubitatif... »

Les chevaux sont atteints d’influenza.

La gravure ci-dessous (p. 321) témoigne de ce très rude hiver.

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Défense de Vendôme
Gallica / BNF

Chapitre III. Le Mans

Rousset raconte la bataille de Mazangé, pp. 341-342 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bp.... Pas de mention, en revanche, de l’épisode de Galette.

De ses positions de la Braye, le général de Jouffroy avait eu vent des mouvements exécutés par le IIe corps pour se porter à Vendôme, sans cependant en connaître ni la portée ni le but. Concevant des craintes pour le général de Curten, qui était toujours à Château-Renault, il s’était décidé à marcher à nouveau de l’avant, afin d’opérer une diversion qui lui paraissait nécessaire, et, dès le 5, avait fait refouler devant son front, dans la direction de Vendôme, les avant-postes ennemis. Le 6, il porta ses troupes sur Fortan et Lunay, et s’avança avec assez de facilité pour supposer qu’il n’avait devant lui que des reconnaissances ; or, on se rappelle que, ce jour-là même, le IIIe corps devait arriver à Vendôme pour y relever le Xe, envoyé à Montoire ; c’est donc à ce corps tout entier que le général de Jouffroy se heurtait. Jusqu’à une heure cependant, la lutte se borna à une action de mousqueterie sans importance contre les têtes d’avant-garde ; mais à ce moment débouchait de Courtiras sur Meslay, où avait été jeté un pont de pilotis, toute la 6e division prussienne, qui, appuyée de son artillerie, refoula nos troupes de position en position jusqu’au ruisseau d’Azay. Vers trois heures et demie, l’ennemi emporta Azay et obligea la gauche du général de Jouffroy à se replier sur le plateau situé à l’ouest, d’où, « sous la protection de deux batteries, celle-ci répondit par de vigoureux retours offensifs à la poursuite des compagnies brandebourgeoises [1] ». Enfin, à cinq heures et demie, nos troupes durent se replier définitivement, tandis qu’un détachement prussien allait, plus au nord, occuper Danzé, après une mince escarmouche.

Pendant ce temps, la 5e division prussienne, qui avait marché plus au sud, s’était, elle aussi, heurtée à une résistance sérieuse [2]. Sa tête de colonne, débouchant par Villiers, avait cherché à franchir le vallon d’Azay, vers son point de jonction avec la vallée du Loir ; mais le terrain étant constamment balayé, tant par les balles des chassepots que par les obus des batteries en position entre Mazangé et Clouzeaux, elle avait dû cesser des attaques aussi infructueuses que meurtrières. Un instant, nos troupes essayèrent même de prendre l’offensive ; arrêtées presque aussitôt par des masses supérieures, qui successivement débouchaient de Villiers, et par le feu de 36 pièces de canon [3], elles ne purent réussir à refouler l’assaillant. Vers quatre heures et demie, Mazangé, enveloppé de trois côtés par des bataillons ennemis qui avaient franchi le ruisseau à gué, était emporté, et nos troupes, canonnées sans cesse par une artillerie qui avait fini, grâce à son nombre, par avoir raison de la nôtre, se repliaient, dans l’obscurité, sur Lunay. Le IIIe corps, auquel ce combat coûtait une perte de 39 officiers et plus de 400 hommes, s’établit alors en cantonnements entre le Loir et le ruisseau d’Azay. Nous comptions 600 hommes hors de combat, dont près de 400 tombés aux mains de l’ennemi.

[1] La Guerre franco-allemande, 2e partie, page 761.

[2] Ibid.

[3] Quatre batteries divisionnaires et deux batteries de l’artillerie de corps, toutes en position sur le mamelon au nord du Coudray.


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