La bataille de Galette à Azay

Mercredi 1er octobre 2008, par Fil — Historique

Voici une des deux annexes du livre de Chanzy — cf. La Bataille de Mazangé — qui évoquent le Gué. Il s’agit de la note 11 bis, pp. 547 à 550, qui relate la bataille d’Azay, et notamment le féroce accrochage de Galette du 6 janvier 1871.

* * *

Extrait des documents officiels allemands. (LA GUERRE DE 1870-71).

« Le 6, les divisions désignées pour opérer contre l’armée du general Chanzy marchèrent à sa rencontre par Vendôme et se heurtèrent, près de cette localité, à deux corps d’armée ennemis en marche. L’ennemi fut, après un violent combat, rejeté au delà d’Azay, et cette position enlevée par nos troupes. Nos pertes sont sérieuses. »
Signé : DE PODBIELSKI.


« Versailles, 7 janvier, nuit.

Tel fut le télégramme qui annonça à l’Allemagne un avantage chèrement acheté par les Prussiens. Il contient, en effet, l’aveu de « pertes sérieuses », pertes dont nos renseignements nous ont permis de connaître toute l’importance. Nous savons, de source certaine, qu’à Azay, où le prince Frédéric Charles cornmandait en personne, deux généraux et un colonel ont été tuées, deux officiers supérieurs ont été grièvement blessés ; et, de l’aveu même des officiers prussiens, nous avons lieu de croire à l’exactitude des résultats suivants : 43 officiers et environ 1000 à 1200 hommes mis hors de combat dans cette journée. Nos pertes ont été incomparablement inférieures à celles de l’ennemi.

Notre intention n’est pas de raconter cette journée du 6 janvier, mais seulement d’indiquer ce qui s’est passé sous nos yeux à Azay, pendant un combat qui a duré depuis les dix heures et demie du matin jusqu’à cinq heures et demie du soir, et auquel la nuit seule a mis fin.

La 2e brigade (colonel Thiéry) se composait de fractions de différents régiments réunies sous ses ordres depuis la retraite d’Orléans (16e de ligne, 33e de marche, trois compagnies de discipline, 32e mobiles, 4e bataillon des Bouches du Rhône, puis du 66e mobiles (Mayenne), et d’un bataillon du 74e mobiles (Lot et Garonne) ; enfin elle n’avait que trois pièces d’artillerie. Dès le 5 au soir, le 74e alla occuper le village d’Espereuse et le 66e la forêt de Vendôme du côté de la ville. Ces deux régiments n’eurent à soutenir, le lendemain, qu’un engagement de peu d’importance. Le reste de la brigade, c’est à dire en tout 2,000 hommes d’infanterie et trois pièces de canon dont les caissons étaient presque épuisés par les combats des jours précédents, avait pris position vers le village d’Azay, pour défendre la route de Vendôme à Saint Calais par Épuisay.

Les forces prussiennes, sur ce même point d’Azay, étaient environ de 10 à 12,000 hommes appuyés par une nombreuse artillerie. Le prince Frédéric Charles était sur le lieu du combat.


Azay est un petit village situé au fond d’une vallée large de cinq à six cents mètres et arrosée par un petit ruisseau, le Boulon.

La route de Vendôme à Épuisay traverse cette vallée sans passer par le village, mais seulement par un groupe de maisons qui s’appelle la Galette. Ce hameau est environ à un kilomètre sur la droite d’Azay, rive droite du Boulon.

Le 6 janvier, vers neuf heures et demie du matin, nous entendîmes le canon et la fusillade sur notre droite, vers le Gué du Loir, où était la 1re brigade. Nos reconnaissances ne tardèrent pas à nous apprendre que l’ennemi s’avançait en force sur nous par la route de Vendôme. Les dispositions de défense avaient été prises en prévision d’une attaque venant de ce côté : le plateau qui domine la vallée du coté de Vendôme était garni de tirailleurs ; un autre bataillon fut placé dans la forêt de Vendôme avec mission de se jeter dans le flanc droit de l’ennemi, lorsque celui ci attrait repoussé nos tirailleurs ; le village d’Azay fut occupé par deux compagnies ; les compagnies de discipline (300 hommes) furent établies à la Galette et sur les hauteurs situées en arrière, afin de défendre la route et le passage du pont ; enfin le reste des troupes occupa les pentes ainsi que le plateau de la rive droite. L’artillerie, placée de manière à pouvoir enfiler la route reçut l’ordre de ne pas répondre à l’artillerie ennemie, mais de réserver ses faibles approvisionnements pour agir contre les colonnes ou les groupes d’infanterie.

Le combat s’engagea sérieusement vers les dix heures et demie du matin ; il ne devait cesser qu’après la nuit venue. La lutte a été vive de part et d’autre. Nos tirailleurs, repoussés du plateau de la rive gauche, ne cédèrent le terrain que pied à pied. Attaqué à l’improviste sur son flanc droit, l’ennemi ralentit son mouvement et se montra longtemps hésitant. Il essaya en vain de s’avancer par la route que défendaient les trois cents hommes des compagnies de discipline ; ceux ci leur firent subir des pertes considérables. L’artillerie, qui ne tirait qu’à de longs intervalles et changeait de place fréquemment, employa avec beaucoup d’à propos et de succès ses obus à balles.

Cependant l’ennemi traversa la vallée et enleva le village d’Azay, qui avait été assez résolûment défendu ; il gravit les pentes opposées que son artillerie couvrait de projectiles. Néanmoins nous ne cédions le terrain que lentement et de position en position.

Déjà l’ennemi avait franchi la crête et arrivait sur le plateau ; on se fusillait d’un côté à l’autre d’une haie, d’une levée de terre ou d’une ferme. C’est alors que le colonel Thiéry parvint à faire exécuter un retour offensif que favorisa puissamment son artillerie tirant à mitraille.

L’ennemi recula à son tour, et des colonnes traversant la vallée remontèrent les pentes opposées.

Dans ce mouvement de recul précipité de l’ennemi, les compagnies de discipline, qui n’avaient pas quitté leurs positions de la Galette, se virent entourées et obligées de faire feu de tous côtés ; elles firent preuve d’une contenance et d’une solidité admirables et firent éprouver à l’ennemi des pertes énormes, surtout au moment où les uns fuyaient, et où d’autres s’avançaient à leur secours.

Mais l’artillerie ennemie, au nombre de douze pièces, sans cesse en batterie, réduisit bientôt la nôtre au silence et ne nous permit pas d’essayer de poursuivre notre avantage momentané. Nous fûmes même obligés de reprendre nos positions en arrière de la crête.

Vers les cinq heures et demie du soir le feu cessa des deux côtés, chacun gardant ses positions et les postes avancés étant à cent mètres les tins des autres. Telle était la situation, lorsqu’à huit heures et demie nous reçûmes l’ordre de battre en retraite sur Fortan, où nous arrivâmes à onze heures.

Le 7, la brigade du colonel Thiéry partit de Fortan avant le jour, arriva à Sargé (sur la Braye) vers les dix heures du matin, et de là, vers les trois heures du soir, continua sa retraite sur Saint-Calais après avoir livré un sérieux combat d’arrière garde à la faveur duquel la brigade put franchir la Braye sur le seul pont qui existât , sans rien laisser aux mains de l’ennemi.

Ajoutons, pour terminer, que déjà le 1er janvier la 2e brigade avait eu un engagement avec les Prussiens à Azay ; et qu’après la journée du 6, les officiers prussiens se refusaient à croire qu’ils n’avaient eu contre eux, ce jour là, que 2,000 hommes. Ils mettaient principalement en doute le petit nombre des défenseurs de la Galette (300 disciplinaires). »

Le colonel du 5e régiment provisoire.
Signé : Thiéry.
Paris, le 18 juillet 1871.



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