Ces fourbes d’Anglais

Jeudi 11 novembre 2010, par Fil — Historique (Le Fort) 1 commentaire

Né le 12 novembre 1688, Dom Jean Colomb fut, au début du XVIIIe siècle, moine et historien. Le manuscrit de son Histoire des évêques du Mans fut imprimé quelque cent ans plus tard, en 1837. L’exemplaire de l’université Princeton vient d’apparaître sur Google Books (PDF).

La page 272 décrit les heurts de l’année 1421 entre les troupes du roi d’Angleterre et celles du futur Charles VII, qui aboutirent à un face-à-face au Gué du Loir :


Après la défaite des comtes de Clarence et de Kent, arrivée près de Baugé, la veille de Pâques, l’an 1421, ceux qui s’enfuyaient vers la Beauce et la Normandie, au nombre de quatre mille, arrivèrent au Mans, où ils se trouvèrent arrêtés, ne pouvant passer la rivière, parce que les planches du pont d’Huine étaient abattues. Alors il employèrent la ruse : il mirent des croix blanches sur leurs casaques, et se firent ainsi passer pour des gens appartenant au parti du Dauphin [1]. Par ce moyen ils engagèrent les paysans à racommoder le pont ; dès qu’ils furent passés ils le rompirent, tuèrent leurs libérateurs, et s’enfuirent vers Chartres et Alençon, sans qu’on pût les atteindre.

Le Dauphin, instruit de cette déroute, partit de Poitiers, vint à Tours, de là au Mans, et prit en passant le château de Montmirail. Il retourna ensuite à Amboise, d’où il sortit vers le commencement de mai de l’an 1421, pour se rendre à Sablé, où le duc de Bretagne vint le trouver, après avoir reçu les ôtages qui lui furent donnés pour l’assurance de sa personne. Ils renouvelèrent le serment de leur ancienne alliance et jurèrent une ligue offensive et défensive contre le roi d’Angleterre. Ce dernier ayant su la mort et la défaite de son frère, repassa la mer avec une puissante armée, prit Dreux par composition, et venait pour assiéger Vendôme. Le Dauphin l’ayant prévu, envoya une partie de ses troupes jusqu’au Gué-du-Loir, où elles se rangèrent en bataille pour s’opposer à son passage. Le roi d’Angleterre voyant leur avantageuse situation n’osa hasarder le combat ; il retourna en Beausse, le long de la rivière du Loir, et prit en passant le château de Rougemont, l’incendia, fit pendre le capitaine qui en avait le commandement, et tous les hommes de la garnison.

Les similarités de ce manuscrit avec Renouard, paru pour sa part en 1811, étant évidentes, je pense qu’il en est la source. A noter que ce passage (au moins) a été écrit à partir du livre d’Antoine Le Corvaisier de Courtailles (« travaillez des longues fatigues, & des incommoditez de la faim », imprimé en 1648).

La bataille du Vieil Baugé, par Martial d’Auvergne, enluminure issue de l’ouvrage Vigiles de Charles VII, Paris, XV°siècle.


[1] Le dauphin était Charles VII.


Vos commentaires :

  1. Le 2 décembre 2010 à 20:08, par Fil

    Dans Viriville (1862), il est écrit :

    « A Vendôme, les gens du dauphin s’avancèrent jusqu’au gué du Loir, attendant l’ennemi de pied ferme. Les Anglais l’emportaient de beaucoup en nombre. Mais la position du terrain leur était désavantageuse. Leurs troupes, d’un autre côté, manquaient de vivres, bien que chaque soldat eût reçu huit mois de solde avant de quitter le rivage britannique. Les deux armées s’observèrent pendant quelques jours ; puis les Anglais, n’osant attaquer l’ennemi, décampèrent »

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