Le trésor de Ioannes

Lundi 27 juillet 2009, par Fil — Historique

Mise à jour du 5 août : j’ai signalé cette information à Gareth Williams, le conservateur des monnaies médiévales au British Museum (sa page) ; sa réponse est circonspecte, et pour tout dire d’autres sources lui semblent indiquer que ce CADOLIDI n’est pas le Gué du Loir. Voici sa réponse. Elle montre que l’historien professionnel sait communiquer avec l’amateur !

I’ve had a quick look at this. The article he cites is by Ponton d’Amecourt, a prominent 19th-century collector, which discusses two coins in d’Amecourt’s own collection, which subsequently went to the national collection. D’Amecourt suggests the reading indicated by ’Philippe’. I don’t know enough about French place-names to have a firm view on whether his suggested derivation of ’Le Gué du Loir’ from ’Vadum Lidi’ is plausible, but it seems to have been rejected by both the two major cataloguers of the Merovingian series, Belfort and Prou, the latter of whom specifically cites d’Amecourt’s article, but corrects the reading. One of d’Amecourt coins could conceivably begin with a V rather than a C, but the letter goes off the flan. The other example is unequivocally a square C (or possibly G), and the same is probably true of the more uncertain coin. It is certainly also true of the Prittlewell coin, although a smaller portion of the letter is missing. So, received wisdom prefers CADOLIDI to VADOLIDI, and the Prittlewell example reinforces that interpretation. It would probably be worth including a properly referenced discussion of this in the final publication.

Gareth Williams

 

Et voici les données que j’avais rassemblées auparavant sur cette histoire de pièce, qu’il faut désormais lire au conditionnel.

Les monnaies du Moyen Age indiquent qu’un monnayeur du nom de Jean (Ioannes, Johannes) s’était établi au Gué du Loir. Probablement parce que le Gué, qui permettait de franchir le Loir pour passer de la région cénomane au pays carnute, était doté d’un péage de douane (lire le dernier paragraphe du second article reproduit ci-dessous).

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Pièces de Prittlewell

Des fouilles archéologiques à Prittlewell (Essex, Angleterre) ont retrouvé une pièce de ce Johannes dans le trésor d’un roi saxon. http://www.museumoflondon.org.uk/ar...

Voici deux articles sur Johannes, tirés de la Revue historique et archéologique du Maine (1882, premier semestre) (PDF pages 160 et sq, 166 et sq).


15° VAAS ? — B–AS PORTUS.

Sarthe, arrondissement de La Flèche, canton de Mayet, 1755 habitants. 27 kil. Est de La Flèche, 11 kil. Sud-Sud-Ouest de Mayet.

Nous sommes en présence d’un nom de basse latinité emprunté à la topographie, Vadatium vient du latin Vadus, gué, et me parait signifier passage de gué. Ici un passage de bateau ou un bac a été substitué au passage à gué puisqu’on ajoute au nom ancien le qualificatif Portus qui signifie passage de bac.

JOHANNES, monétaire.

Ce monétaire a signé des espèces dans les ateliers de Vado Lidi, Cristoialo porto, Tidiriciaco, Theodebecciaco, Arjento, Nantes. C’est un nom hébreu, introduit en Europe par le Christianisme. Il fut porté par un empereur d’Occident (423-425).

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65. + B–AS * + POR. Buste cintré et échelonné avec double diadème, à droite.

® + lOHANNE M. Croix latine sur un degré

P. Poids, 1/15. Publié par A. de Barthélémy, Revue Numismatique, 1859, p. 193
pi. V, n »5.

La région du buste cintré comprend, comme nous l’avons vu, surtout le Poitou, la Touraine et le Maine ; et comme les monnaies signées par Johannes indiquent déjà deux passages de rivières, le Cristoialus portus et le Vadum Lidi, il paraît certain que le mot indiqué par POR avec barre d’abréviation n’est autre que PORTVS ou PORTO ; il faut donc chercher un passage de rivière dont le nom ait pu être écrit en abrégé par la formule B–AS , et il faut que ce lieu se trouve entre le nord du Cenomannicum et le sud du Pictavicum ; j’en trouve deux, sur la route du Mans à Bordeaux, l’un au passage du Loir, l’autre au passage de la Charente. Le premier s’appelait Vadatium et est devenu Vaas, comme Sanctus Vedastes est devenu Saint-Vâst, l’autre avait sans doute pour ancien nom Bassacum et s’appelle aujourd’hui Bassac. On sait que B et V sont équivallents, que le D tombe très fréquemment et que par conséquent BAS et VAS ou VAAS représentent des déformations régulières de Vadas ; or Vadas, Vadatis est la transformation de Vadum, Vadi en substantif de la troisième déclinaison, phénomène des plus fréquents dans la basse latinité ; c’est en même temps la forme transitoire qui conduit à Vadatium ; je crois que c’est bien là l’atelier de notre monnaie. Bassac près Jarnac (Charente) est au moins à 60 kil. au sud de Brioux, le plus méridional des ateliers où nous constatons le style cintré et échelonné. Johannes a bien été jusque-là puisqu’il a signé des monnaies encore plus au Sud, au port de Criteuil, là où la voie de Bordeaux rencontre l’Arce, affluent de la rive gauche de la Charente, mais il faudrait savoir si Bassac était un port ; à côté de ce village se trouve Triac dont le nom trajectus, indique le lieu précis où la voie se croisait avec la Charente. Vaas est à n’en pas douter le lieu où la voie du Mans à Tours rencontrait le Loir ; cette voie subsiste dans beaucoup d’endroits , le chemin de Vaas à Ecommoy porte encore le nom de Chemin des Romains. (Mabille, Divisions territoriales de la Touraine, p. 52.) Arguments numismatiques, arguments topographiques , arguments épigraphiques, arguments philologiques, tout est favorable à Vaas, les partisans de Bassac devront prouver : 1° Que ce lieu eut un port ; 2° Que le style cintré échelonné s’est étendu jusqu’à la Charente ; 3° Ils devront expliquer pourquoi la barre d’abréviation se trouve au-dessus de l’A et non après l’S ; si l’on a écrit B–AS et non pas BAS– c’est que les lettres omises étaient au milieu et non à la fin du mot, c’est qu’on a voulu exprimer BEDAS et non BASSACO.

Histoire. — Saint Julien consacre l’église de Vaas : Ecclesias dedicavit..... de Vedatio. (Gest. Pont. Cen., 17, V. — Anal., 241, Subvoce Velatio.)

Vaas fut le chef lieu d’une Condita et d’une Vicaria. (Cauvin. loc. cit., p. 540.)

 

Monnaie du Moyen Age

18° GUÉ-DU-LOIR. — Vadum Ledi.

Loir-et-Cher, arrondissement et canton de Vendôme, commune de Mazengé, 140 habitants. 8 kil. Ouest de Vendôme.

JOHANNES, monétaire.

Nous avons trouvé le nom de ce monétaire sur la monnaie attribuée à Vaas, dans le même archidiaconé (cf. supra).

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69. lOANNIS MV. Buste à gauche, style du chaperon casqué.

® + VADOLIDI. Croix grecque supportant deux appendices réminiscences d’α et ω. Cantonnée aux 1 et 2 de rayons triangulaires.

P. Poids, 1,40.

Publié par Combrouse, pl. 47, n° 8, avec la variante VADOLIRI.
– Barthélémy, Liste, n° 451 VADOVIRI.

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70. CADOLIDI. Tête à droite ; profil consistant en un trait vertical agrémenté d’un trait oblique qui représente le nez et de deux traits horizontaux qui représentent les lèvres ; absence d’yeux et d’oreille, immobilisation pouvant aider à comprendre le type chartrain du moyen âge.

® + lOANNES. Croix grecque supportant deux appendices et cantonnée de quatre globules ; conjuguée avec la croisette initiale de la légende et sous cette croisette.

P. Poids, 1,37.

Publié par Barthélémy, Liste, n° 983 ; lue GADOFIDI-.

Le style de ces deux monnaies indique bien qu’elles proviennent du Sud-Est du Cenomannicum ou de l’extrême limite occidentale de l’ancien diocèse de Chartres démembré sous Louis XIV pour formier le diocèse de Blois. On avait donné diverses interprétations de la légende géographique, mais la comparaison des deux monnaies permet de restituer aisément sa véritable forme ; j’ai immédiatement vu dans ce nom l’indication d’un Gué-du-Loir, mais comme je n’en trouvais aucune trace dans le livre de Cauvin, je pensais que c’était une localité perdue ; j’ai donc éprouvé une agréable surprise lorsque demandant à M. de Salies, le savant historien de Trôo, s’il ne connaissait pas près de cette ville une localité appelée Gué-du-Loir, il m’a répondu affirmativement. J’avais exactement deviné le nom moderne. Aucune identification n’est plus légitime et mieux fondée que celle-là. Le monétaire Johannes semble avoir exploité spécialement dans son industrie les passages de rivières, car nous le trouvons ici au Gué-du-Loir sur la route d’Orléans par Vendôme, et nous le rencontrons encore au port du Loir (Vaas) sur la route du Mans à Tours, et au port du Né ( Criteuil ) affluent de la Charente sur la route de Tours à Bordeaux. Le Gué-du-Loir fait aujourd’hui partie de la commune de Mazangé qui n’appartenait pas au Cenomannicum, mais il est entre Thoré et Fortan, deux anciennes paroisses du diocèse du Mans, et selon toutes probabilités l’une des rives du gué était cénomane tandis que l’autre était carnute.

Dans une étude précédente (Essai sur la numismatique mérovingienne comparée à la géographie de Grégoire de Tours), j’ai examiné les diverses dénominations des lieux où l’on a battu monnaie sous les rois mérovingiens, j’ai cité la Civitas, le Castrum, le Vicus, la Villa, la Domus, le Palatium, la Scola, le lieu de pèlerinage portant le nom d’un saint, le lieu d’assemblées populaires, ou Mallum, le lieu de passage de rivière, ou portus ; cette nomenclature s’enrichit tous les jours, voici le Vadum ; le Dictionnaire des Postes mentionne plus de cent localités qui doivent leur nom et leur origine à un gué. Presque toutes appartiennent à l’ancien Cenomannicum ou aux territoires voisins.

Nous sommes encore réduit à faire des conjectures sur le rôle des monétaires dans l’économie sociale des temps mérovingiens. Que penser d’un atelier situé au passage à gué d’une rivière ? C’est invraisemblable, dira-t-on, et pourtant cela est, et sans doute on en découvrira plus tard les raisons. Dans l’Essai que je viens de citer, j’ai rappelé que les ports (passages en bateau d’une rive à l’autre) étaient une source de revenus, à cause du droit de passage qu’on y percevait ; cette forme d’impôt a dû s’établir d’autant plus aisément, que, dans l’antiquité, les voyageurs avaient coutume de sacrifier volontairement une pièce de monnaie qu’ils jetaient dans l’eau quand ils traversaient une rivière. Il est probable que le monnayeur venait convertir le produit de cet impôt en monnaie nouvelle en même temps que le délégué du roi, du duc ou du comte venait le percevoir. Mais un vadus n’était pas un portus, un passage à gué dont la nature seule avait fait les frais, ne semble pas avoir pu donner prétexte à un péage comme un pont ou comme un bac. Cependant le Vadum Lidi par sa situation géographique a pu être sujet à un impôt particulier analogue à la douane ou à l’octroi ; en effet il est sur la limite non seulement de deux diocèses, Chartres et Le Mans, mais encore de deux provinces, la troisième et la quatrième Lyonnaise, et il se peut que l’un des ducs préposés à ces provinces ait établi un droit d’entrée. L’étymologie du mot douane, dogana, prouve que dans l’origine cet impôt était établi par un duc ou par un doge, ce qui est la même chose.


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