La beste du Gué

Lundi 23 décembre 2013, par Fil — Historique (Bel Air)

Imaginez — ah l il n’est pas facile de décrire un tel monstre ! — une sorte de T.G.V. revêtu d’écailles vertes et d’une crête rouge couleur sang de bœuf ondulant tout au long de son dos et lancé à pleine vitesse...

Ainsi parlait Sarah Fouchtra, narrant pour Jean Bernadac, l’auteur de Contes du Loir, l’histoire de la Beste du Gué, qui n’est autre que le serpent décrit dans La Condita, et dessiné par Isabelle.

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Contes du Loir, de Jean Bernadac

On pense que la “beste” immonde gîtait dans les cavernes de Villiers. En fait on n’a jamais su si elle avait un domicile fixe.

Un bruit lointain, semblable au tonnerre des dieux en colère, un courant d’air chaud qui provoquait un étrange sifflement et la “beste” était déjà passée écrasant tout, fouettant de la queue, brûlant la végétation, asséchant les marais de la flamme jaillissant de sa gueule béante, sorte de chalumeau gigantesque, de haut-fourneau ambulant.

Tous les preux chevaliers qui avaient combattu le monstre étaient morts écrasés, asphyxiés, brûlés ou sidérés par la trouille verte (…)

Il advint qu’un beau jour de printemps les prairies saupoudrées de fleurettes furent foulées par un cheval blanc monté par un chevalier au visage d’archange. On l’appela bientôt le chevalier au blanc mantel (...). Il descendit au cabaret “troglo” du père la Trogne à l’enseigne des “trois Pétasses" (...)

Il venait bien pour la “beste”. Un beau matin il fit annoncer par le tambour de ville, Gaudéarnus le jovial, qu’il allait combattre le monstre le lendemain à la vesprée.

On se gaussa, s’esbaudit, on se battit les flancs et on admira, au fond, ce téméraire trompe-la-mort.

L’homme mystérieux avait bien calculé son affaire. Il avait étudié les mœurs de cette ravageuse furie. Il savait , comme tout le monde, que le monstre, après avoir dévoré ses innombrables proies, allait boire en certain lieu, dit, aujourd’hui, le Gué du Loir.

Voilà qui j’espère devrait vous donner envie de découvrir le chapitre complet, que l’on peut consulter bien entendu sur place, ou se procurer chez quelque bouquiniste ayant hérité de l’un des 1 200 exemplaires de ce recueil publié en 1992.

Vous y apprendrez qu’« un linteau sculpté longtemps disposé au-dessus de la porte de [la ferme de l’arrêté] et représentant le monstre, fut, voici quelques lustres transporté par un érudit local, qui en avait fait l’acquisition, à “Roc en fleurs” où il est toujours » — Roc-en-fleurs malicieusement nommé aussi Roca Flores, pour faire latin.

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L’autre version de cette histoire, également présente dans ce chapitre, est celle qui vit le braconnier Brayanus (condamné à mort par le roi mérovingien Childebert Ier, et sa doulce épouse Ultrogothe), affronter le serpent géant. C’est sans doute la plus proche de la vérité historique, puisque c’est celle dont j’avais été instruit par Catherine, à l’été 2007.


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