Un lieu avantageux

Dimanche 19 février 2012, par Fil — Historique

Une nouvelle source dans nos recherches sur le fameux épisode du « pré aux Anglas ». Alain Chartier, secrétaire des rois Charles VI et Charles VII, a tenu un journal à partir de 1402. C’est en contemporain et membre de la Cour qu’il décrit la bataille de Baugé où le Duc de Clarence, frère du roi d’Angleterre, trouva la mort (1421) ; puis la remontée des troupes vers le Nord, l’épisode perfide du pont (en grands détails). Le livre (dont Google Books donne deux scans, http://books.google.fr/books?id=VOf... et http://books.google.fr/books?id=9Tl...) décrit aussi le face-à-face au Gué du Loir (orthographié “gué du Ler”).

1422

L’An mil cccc.vingt & deux ƒe partit haƒtiuement Monƒeigneur le Daulphin de Poictiers, & vint à Tours, & là fit le Compte de Boucqam d’Eƒcoƒƒe Côneƒtable de France, & alla Mondit Seigneur le Daulphin au Mans. Et prindrent les François le chaƒtel de Montmirel, & la ville de Galardon ƒur les Bourgoingons, qui eƒtoient alliez aux Anglois. Et après celle prinƒe ƒ’en retourna mondit Seigneur le Daulphin à Amboise ƒur Loire.

En ce temps vint le Roy d’Angleterre de la mer, quand il ƒceut la mort & deƒconfiture de ƒon frère, & de ceulz de ƒon Royaume grandement accompaigné, & vint mettre vn ƒiège à Dreux, & le print par compoƒition ƒur le Sire d’Eƒtiƒƒac. Puis ƒ’en vint à Vendoƒme, et de là à Baugençy. Et furent les gens de mondit Seigneur le Daulphin au gué du Ler, pour réƒiƒter à l’encontre des Anglois qui eƒtoient moult forts. Mais le Roy d’Angletetrre ne les oƒa combattre, parce qu’ils eƒtoient en place aduantageuƒe, et eƒtoient aduitaillez de la ville de Vendoƒme, et leƒdits Anglois mouroient de faim. Ainƒi ƒe partit du pays ledit Roy d’Angleterre à tout son ost, et vint au long de la riuiere de Loire, & ƒes gens mourans de fain, qui ne mangeoient que les herbes qu’ils trouuoient dedens les iardins. Si vint deuant un chaƒtel en Beauƒƒe, que l’en appelle Rougement, lequel il print, & bouta le feu dedens, & fit pendre le Capitaine qui eƒtoit dedens, lequel eƒtoit Genneuois, & eƒtoit Marquis du Guaret, & auƒƒi fit pendre tous ƒes gens. Et de là print on chemin par Beauƒƒe pour tirer tout droict à Villeneuƒue-le-Roy ƒur Yône, où il miƒt le ƒiège, & la print. En en ƒ’en retournant dudit Villeneuƒue droict à Vendoƒme perdit de famine & de mortalité bien quatre mil Anglois, & les trouuoit l’en par les chemins où ils eƒtoient paƒƒez tous morts, ƒans eƒtre enterrez.

Je note ici que, alors que les ouvrages postérieurs relatent l’épisode du Gué juste après Baugé, il est ici explictement mentionné à l’année 1422. Mais c’est en effet « juste après » car tout est lent à l’époque, et les distances sont longues.

Si je traduis correctement ce passage :


Les gens du Dauphin (le futur roi Charles VII en octobre 1422) se rendirent au Gué du Loir pour résister face aux Anglais qui étaient fort nombreux. Mais le roi d’Angleterre (Henri V) n’osa les combattre, parce qu’ils étaient en un lieu avantageux, et étaient avitaillés de la ville de Vendôme, tandis que les Anglais mouraient de faim. Alors le Roi quitta la région et se rendit sur la Loire, ses gens mourant de faim, ne mangeant que les herbes qu’ils trouvaient dans les jardins. Il arriva devant le château de Rougemont, en Beauce, le prit, y mit le feu et fit pendre le capitaine qui s’y trouvait, un Genevois marquis du Guaret, et fit pendre tous ses gens. De là s’en alla vers Villeneuve-le-Roy sur l’Yonne (actuelle Villeneuve-sur-Yonne), qu’il assiégea, et la prit. En revenant vers Vendôme, il perdit de famine et de mortalité au moins quatre mille Anglais, et l’on trouva par les chemins où ils étaient passés, les morts, qui n’avaient pas été enterrés.

A noter, ce texte est repris tel quel dans le livre de Jean Juvénal des Ursins, Histoire de Charles VI Roy de France (http://books.google.fr/books?id=b6K...).

Extrait

Alain Chartier



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